En gagnant son premier titre européen samedi face aux Irlandais du Leinster, le Stade Rochelais vient d’écrire la plus belle page de son histoire en devenant la 4ème équipe française à inscrire son nom au palmarès de la plus prestigieuse des compétitions européennes. 

Au bout du suspense, grâce à un essai de filou inscrit par le demi de mêlée remplaçant Arthur Retière, de formidables Rochelais ont terrassé le Leinster pour se hisser sur le toit de l’Europe. Ce titre acquis de haute lutte valide sept années de travail et une progression constante née des succès mais aussi des échecs du passé.

Une impressionnante maîtrise collective

On l’a dit et répété, les Rochelais n’étaient pas favoris face aux coéquipiers de Jonathan Sexton, impressionnante machine à gagner, composée des ¾ de l’équipe d’Irlande et qui avait balayé les tenants du titre toulousains 40-17 deux semaines auparavant. Face à ce défi immense les hommes d’un Gregory Alldritt encore une fois gigantesque n’ont nourri aucun complexe et ont su jouer avec leurs forces et étouffer des Irlandais habituellement hyper dominateurs.

De ce match, on retiendra bien évidemment ces suffocantes dix dernières minutes durant lesquelles les Rochelais ont pilonné sans relâche la ligne irlandaise avant de trouver la faille par Arthur Retière. Une performance majuscule face à une équipe supposée plus fraîche physiquement et connue pour sa rigueur dans les moments décisifs. Une victoire sous forme de délivrance pour des joueurs, un staff et un président qui se sont tous énormément investis à leur niveau pour ajouter La Rochelle sur la carte du rugby européen.

Un titre qui ne doit rien au hasard

Ce qui frappe avec cette équipe rochelaise c’est la régularité avec laquelle elle a su progresser depuis la saison 2014-2015 et son retour en Top 14. 
Pour ses deux premières saisons de cette nouvelle ère dans l’élite du rugby français, le club du président Vincent Merling avait terminé à la 9ème place. Relativement loin des places qualificatives mais sans être inquiétée par le spectre de la relégation pour autant. Des années de construction qui ont permis au club de solidifier son effectif et d’accumuler de l’expérience à ce niveau.

La saison 2016-2017 fut réellement celle du grand saut pour le Stade Rochelais. 1er de la saison régulière avec 85 points (7 points d’avance sur le second), le club échouera en demi-finale face au RCT (18-15 sur un drop d’Anthony Belleau à la sirène), payant encore son manque d’expérience à ce niveau. 

La saison suivante marqua un nouveau palier avec la première participation du club à la Champions Cup. Des performances honorables pour les Rochelais qui se qualifièrent en quart de finale où ils furent battus par les Gallois des Scarlets, équipe composée de nombreux internationaux.

En 2021, avec un effectif qui s’était renforcé saison après saison (avec notamment les All Blacks Vito et Kerr Barlow en figure de proue), le navire maritime frappait de nouveau un grand coup en se qualifiant pour les deux finales : Champions Cup et Top 14. Un « truc de fou » selon les mots de son président même si le club échouait encore à gagner un titre en étant à chaque fois battu par le Stade Toulousain. Mais les Rochelais savaient désormais qu’ils étaient capables de s’imposer contre n’importe qui notamment après la demi-finale de Champions Cup gagnée (déjà) face au Leinster.

Cette victoire en 2022 n’est que la suite logique de ces 7 années de travail et la confirmation de la naissance d’une nouvelle place forte du rugby français.

Un effectif cohérent, construit avec intelligence

Saison après saison, le Stade Rochelais a su étoffer et densifier son effectif de manière cohérente et réfléchie. A Marcel-Deflandre, pas d’immenses stars arrivées en masse avec l’obligation de gagner très vite, mais des joueurs aux profils complémentaires et, une fois encore, un travail effectué sur la durée.

L’équipe a débord su conserver une ossature historique de joueurs profondément attachés au club et à la région, déjà présents pour certains en Pro D2. Les Uni Atonio, Romain Sazy ou encore Levani Botia représentent l’âme de ce groupe et se montrent encore suffisamment compétitifs pour figurer dans l’équipe championne d’Europe.

A leurs côtés, les différents staffs ont su donner confiance à quelques jeunes joueurs à très fort potentiel qui ont explosé au club (on pense bien évidemment aux inévitables Grégory Alldritt et Pierre Bourgarit ou à la révélation Matthias Haddad). En complément on retrouve un savant mélange de joueurs revanchards en quête d’un second souffle (Brice Dulin, Jérémy Sinzelle ou Jonathan Danty) et de bons joueurs étrangers pour combler des manques spécifiques (l’impeccable Victor Vito, le surpuissant Will Skelton, l’étonnant Raymond Rhule ou le parfois décrié Ihaia West).

Ces différents profils composent un ensemble homogène et un collectif très fort capable de mettre en place les stratégies de jeu décidées par Ronan O’Gara et de tenir tête aux meilleures équipes françaises et européennes.

Un nouveau statut à assumer

Cette victoire va indéniablement changer le statut du club rochelais et le faire basculer de la catégorie des outsiders à celle des favoris. Un statut différent à gérer qu’il faudra assumer dès ce week-end à Lyon pour un choc face à un club qui lui ressemble beaucoup et qui vient également de glaner son premier titre européen.

Les Rochelais ne devront pas s’éterniser sur la célébration de leur titre s’ils veulent poursuivre leur aventure en Top 14 car une défaite sans point de bonus pourrait être synonyme d’élimination précoce. A l’inverse on voit bien les Maritimes devenir inarrêtables en championnat également s’ils passent l’obstacle lyonnais et se qualifient.

Quoi qu’il advienne, les jaune-et-noir aborderont la fin de saison et la prochaine sans aucun complexe, libéré de la pression de ce premier titre majeur et débarrassé d’une étiquette de beau perdant après les échecs de 2021. La saison prochaine l’effectif sera de nouveau renforcé qualitativement et quantitativement avec plusieurs arrivées (Thierry Paiva, Yoann Tanga, Antoine Hastoy, Ulepano Seuteni ou encore Teddy Thomas entre autres) alors que le capitaine Gregory Alldritt vient de prolonger son contrat de 3 ans. De quoi continuer à voir encore plus grand pour le club et ses supporters.