Retour sur une première semaine de Tour particulièrement animée où le double tenant du titre Tadej Pogacar a déjà fait forte impression. Un récit de Théo Loizon.

Un départ au pays du vélo : le Danemark

Le vélo fait partie de la vie quotidienne des 5,8 millions danois. Pour eux, c’est un mode de vie : ils vont travailler à vélo, partent en vacances à vélo, les enfants vont à l’école à vélo et même les ministres serpentent les 12 000 km de pistes cyclables du pays. La capitale, Copenhague, est considérée comme la première ville cycliste du monde.
Le mariage entre le plus grand pays cycliste du monde et la plus grande course cycliste était alors évident.

Marqué par une ferveur populaire sans précédent, le Grand Départ au Danemark a offert de magnifiques images : dès le premier jour et le contre-la-montre dans les rues de Copenhague, des milliers de spectateurs étaient massés pour assister à la victoire à la surprise générale d’Yves Lampaert (Quick Step Alpha-Vinyl) s’offrant le premier maillot jaune de ce tour en surclassant les principaux favoris  Ganna, Van Aert, et même Pogacar.

A la surprise générale, le Belge Yves Lampaert a dominé tous les favoris pour devenir le premier maillot jaune du Tour 2022.
A la surprise générale, le Belge Yves Lampaert a dominé tous les favoris pour devenir le premier maillot jaune du Tour 2022. ©quickstep-alphavinylteam.com

Le lendemain, l’étape tant attendue passant la fameuse liaison du Grand Belt, un pont long de 18 km suspendu au-dessus de la mer reliant l’île de Fionie à l’est et l’île de Seeland à l’ouest, n’a pas proposé le scénario tant espéré, ceci dû à l’absence de vent. 

Cela n’a pas empêché Fabio Jakobsen (Quick Step Alpha-Vinyl) de s’imposer à Nyborg devant Van Aert (Team Jumbo-Visma), du coup le Belge a pris par la même occasion le maillot jaune grâce au jeu des bonifications.

La dernière étape danoise aura vu gagner Dylan Groenewegen au terme d’un sprint massif, comme un signe après la victoire de Jakobsen la veille. En effet lors de la 1ère étape du Tour de Pologne en 2020, ce dernier avait été envoyé violemment dans les barrières par son compatriote et adversaire ce qui avait engendré de graves blessures, le plongeant dans un coma artificiel. Sur ses terres, Magnus Cort Nielsen, est allé chercher le maillot à pois de meilleur grimpeur tout en profitant du public et de l’ambiance incroyable sur le bord des routes.

Un retour en France

Van Aert en jaune avant Pogacar

L’arrivée en France se fait dans le Nord, lors d’une balade dans les monts du Boulonnais et le long de la côte d’Opale. Il faudra attendre la dernière difficulté du jour pour assister à un coup, celui du maillot jaune, Wout Van Aert (Team Jumbo-Visma), s’échappant en solitaire et surclassant tous ses adversaires pour s’imposer à Calais. 

Un tremblement de terre au sens propre le lendemain, avec l’étape si tendue des pavés. Les Jumbo-Visma, si impressionnants la veille, sont amoindris suite à la chute du maillot jaune avant l’entrée sur les secteurs, puis pris de panique lors de la crevaison de Jonas Vingegaard et la chute de Primoz Roglic, le slovène perdra plus de 2 minutes sur Pogacar (UAE Team Emirates). Devant, Simon Clarke (Israel Premier-Tech) s’est offert la plus belle victoire de sa carrière en dominant lors d’un sprint accroché ses compagnons d’échappées.

Pogacar surclasse la concurrence

Sur les pavés, le double tenant du titre Tadej Pogacar a surclassé ses principaux adversaires en reprenant quelques secondes et en suivant les purs spécialistes des classiques flandriennes. Cette sensation de sur-domination est confirmée dès le lendemain sur la route de Longwy, la plus longue étape de cette édition (220 km) est courue à vitesse « grand V », à 49 km/h de moyenne devenant la 4ème étape la plus rapide de l’histoire de La Grande Boucle.
La raison :  L’échappée du leader Wout Van Aert, comme un baroud d’honneur pour dire au revoir à son maillot tant convoité. Le final hérissé de plusieurs côtes ne dérangent pas les UAE, équipe de Pogacar, l’amenant sur un matelas pour régler ses adversaires au sprint et pour s’emparer du maillot jaune, déjà !

Pour la première arrivée au sommet, Pogacar est attendu. Sur les pentes de la Planche des Belles Filles, là où le Slovène avait forgé sa première victoire sur la Grande Boucle en 2020 lors du dernier contre-la-montre en battant son compatriote Primoz Roglic, ce dernier dominant tout au long de l’édition.
Comme la veille, le maillot jaune est amené sur un plateau par son équipe pour aborder le kilomètre le plus difficile de la 109ème édition avec un passage à 24 % sur un chemin non goudronné.

Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard (Team Jumbo-Visma) offrent un duel au coude à coude, reprenant par la même occasion Lennard Kämna (Bora Hansgrohe), le dernier échappé. Le maillot jaune s’offre une seconde victoire consécutive et creuse un peu plus l’écart sur ses adversaires.

Un week-end sans surprise

Van Aert roi de Lausanne

Après le Danemark, la Belgique et bien évidemment la France, la Suisse devient le 4ème pays à accueillir le Tour, en seulement 8 jours ! Sur les routes du Jura et le bord du Lac Léman, le peloton déjà émoussé par une semaine tendue, s’explique dans la côte du Stade Olympique au-dessus de Lausanne. Sans surprise, Wout Van Aert règle au sprint un petit groupe pour s’offrir sa deuxième victoire sur cette édition. Après la victoire à Calais tout en jaune, c’est tout en vert que le Belge s’impose et prend par la même occasion une sérieuse option pour ramener le maillot Vert à Paris.

Le retour de Pinot

De Aigle ou siège l’Union Cycliste International, les coureurs se sont élancés à l’assaut de la première étape de haute-montagne. Toujours sur les rives du Lac Léman, les coureurs ont bataillé grandement pour prendre l’échappée matinale. Cette échappée sera victorieuse grâce au panache de Bob Jungels s’échappant à plus de 63 kilomètres de l’arrivée sur les pentes du col de la Croix, le Luxembourgeois poursuivi dans les derniers kilomètres par Thibaut Pinot. Oui ! Vous n’avez pas rêvé, le Franc-Comtois, après 2 ans d’absence et de galères est de retour sur la Grande Boucle. Le Français, lancé dans un contre-la-montre pour aller chercher sa 4ème victoire sur le Tour de France échouera de peu et sans regret. De bonne augure pour la suite ! 

Les favoris quant à eux ont passé une journée tranquille, à noter juste une petite cassure provoquée par Pogacar et Vingegaard de 3 petites secondes.

Une deuxième semaine pleine de questions entre chaleur, covid et fête nationale

Nos français finiront-ils sur le podium ? Gagneront-ils une étape ? Les étapes qui suivent pourraient convenir à nos meilleurs grimpeurs.
Pinot, Barguil et Rolland peu entreprenants depuis le départ auront tout à gagner dans le col du Galibier et du col du Granon, les 2 plus hautes arrivées dans l’histoire du Tour.

Le 14 juillet, jour de fête nationale ! Dans les 21 lacets de l’Alpe d’Huez, David Gaudu et Romain Bardet, nos meilleures chances au classement général (5ème et 6ème à 1minute 38 et 39 du maillot jaune) pourraient provoquer un feu d’artifice. Guillaume Martin, 14ème au matin de la 9ème étape a dû malheureusement abandonner suite à un test positif au COVID-19.

Le virus est bel et bien présent et pourrait provoquer la pagaille, Pogacar a déjà perdu un coéquipier, Laengen, Geoffrey Bouchard a lui aussi été obligé de quitter la course. La situation pourrait être la même que sur le Tour de Suisse il y a 3 semaines où une soixantaine de coureurs ont dû abandonner.

Pour compliquer la tâche, la canicule fera son apparition sur la route du Tour, certains coureurs sont à l’aise avec la chaleur et au contraire d’autres non. C’est le cas du maillot jaune Pogacar qui préfère courir sous un temps froid et pluvieux, celui-ci pas habitué à rouler sous une telle chaleur.

Le Tour n’est donc pas fini et réserve encore son lot de surprise.

Credits Tadej Pogacar ©uaeteamemirates.com.