A 37 ans, après 19 saisons au plus haut niveau, Jo-Wilfried Tsonga a tiré sa révérence mardi sur le Central de Roland-Garros. Retour sur la carrière d’un des plus beaux palmarès du tennis tricolore.

Jusqu’au bout Jo-Wilfried Tsonga a assumé son rôle de patron du tennis français. Pendant près de quatre heures mardi, le Manceau a lutté avec panache face à la tête de série numéro 8 Casper Ruud avant de s’incliner en quatre sets à l’issue d’une très belle bataille. Une fin heureuse pour Jo le colosse.

Melbourne, une apparition fracassante au plus niveau

C’est aux prémices de l’année 2008 que JWT fait une apparition fracassante dans le gotha du circuit mondial. Sur les courts de Melbourne, propulsé par son coup droit foudroyant, le jeune Tricolore démolit tout sur son passage et se hisse en finale du Grand Chelem australien après avoir mis KO Rafael Nadal en trois petits sets à l’issue d’une démonstration de force et de puissance comme rarement vu. Seul Novak Djokovic l’empêchera de devenir le premier Français depuis Yannick Noah à décrocher un Grand Chelem.
Mais la carrière du Manceau est lancée et elle sera ornée de 18 titres sur le circuit ATP. Parmi ses victoires les plus prestigieuses, on retiendra ses succès dans les Masters 1000 de Bercy en 2008 et de Toronto en 2014 où il devient après Rafael Nadal le deuxième joueur à éliminer Roger Federer, Novak Djokovic et Andy Murray dans un même tournoi. On n’oubliera également pas sa remontada majestueuse contre Roger Federer en quart de finale à Wimbledon en 2011, devenant le seul joueur à battre le maestro suisse dans un tournoi du Grand Chelem en étant mené deux sets à rien.

Le gazon de Wimbledon, théâtre d'un des plus grands exploits de Jo-Wilfried Tsonga en 2011 contre Roger Federer.
Le gazon de Wimbledon, théâtre d’un des plus grands exploits de Jo-Wilfried Tsonga en 2011 contre Roger Federer. @Flickr

Un homme de records

Car Tsonga est un homme de records dans l’histoire du tennis français. Depuis l’ère Open, il est ainsi le seul à avoir atteint les quarts de finale dans chacune des levées du Grand Chelem. En 2016 il a même dépassé l’illustre Jean Borotra dans le nombre de matches remportés dans les Majeurs avec 121 matchs remportés.
Il est également l’unique Tricolore à avoir battu les 4 fantastiques en Grand Chelem (Murray et Nadal à l’Open d’Australie 2008, Djokovic à l’Open d’Australie 2010, Roger Federer à Wimbledon 2011 et Roland-Garros 2013).
Et avec 15 quarts de finale disputés Tsonga est d’ailleurs de loin le Français le plus performant en GC devançant nettement Noah (10) et Monfils (10).
Alors certes il aura manqué un titre en Grand Chelem à l’ancien numéro 5 mondial (en 2012) pour rejoindre Yannick Noah au sommet du tennis français de ces 50 dernières années. Mais quel parcours et quelle longévité pour cet hercule qui n’a pas été épargné par les blessures tout au long de sa carrière.

Une longévité remarquable malgré un physique cabossé

C’est probablement le mérite le plus éclatant du Manceau d’avoir réussi à atteindre et à se maintenir au plus haut niveau (10 saisons consécutives de 2008 à 2017 dans le top 15 mondial) malgré un corps fréquemment en souffrance qui ne l’a guère ménagé pendant près de 20 ans. Victime d’une hernie discale en 2004, d’une fissure au ménisque en 2008, d’une inflammation de la rotule en 2010, d’une fissure au tendon rotulien en 2013, d’une blessure à l’avant-bras droit en 2014, puis de nombreux nouveaux coups du sort ces dernières années, Tsonga a dû chaque fois rebondir, repartir de l’avant, se réathlétiser et se battre pour retrouver sa place parmi les meilleurs mondiaux. Modèle de persévérance, le colosse au physique fragile ne s’est jamais plaint malgré les évidentes frustrations et s’est montré le Nouveau Mousquetaire le plus performant, celui qui a donné les plus d’émotions aux fans pendant deux décennies.


Et ce fut un vrai soulagement de le voir enfin remporter avec ses potes la Coupe Davis en novembre 2017, parachevant ainsi un des plus beaux chapitres de l’histoire du tennis français.
Jo-Wilfried Tsonga a bien mérité le vibrant hommage qui lui a été rendu mardi soir sur un court Philippe-Chatrier bien ému à l’idée de voir ce géant ranger ses raquettes pour de bon. Merci Jo.