Bruno Martini, l’ancien gardien d’Auxerre, de Montpellier et de l’Equipe de France, vient de s’envoler pour la dernière sortie aérienne de sa vie. Sans bruit, sans prévenir ses coéquipiers. Sans imaginer qu’elle le conduirait tout là-haut, si haut qu’il en a atteint le Paradis des Justes, des Hommes de Bien. Hommage.

Sobriété et Modernité

La disparition de ce gardien de légende nous laisse sonnés, abasourdis, sans voix. Discret, droit, rigoureux, exemplaire, tel était Bruno. Et talentueux aussi, tellement doué.
S’inscrivant dans la lignée magique des gardiens que l’AJ Auxerre a envoyés en Bleu, intercalé entre Joël Bats, le poète bondissant qui a dépoussiéré le rôle du gardien en France, et Lionel Charbonnier, le fameux indispensable de l’ombre en 1998.

Bruno Martini a été le gardien titulaire de l'AJ Auxerre de 1985 à 1995
Bruno Martini a été le gardien titulaire de l’AJ Auxerre de 1985 à 1995 ©Sportive Yonne Rédaction

Le gardien Bleu des années de transition

Bruno Martini a préfiguré le modèle du gardien moderne, tranchant par sa sobriété avec la personnalité plus extravertie de Bernard Lama, son concurrent numéro 1 pour une place de titulaire en équipe de France.
Par son acharnement au travail, la minutie de sa préparation, son professionnalisme indéfectible et exemplaire, il a tracé la voie à toute une génération de derniers remparts bleus dont l’héritier spirituel est l’actuel capitaine du onze tricolore Hugo Lloris.

Bruno Martini a connu 31 sélections en Equipe de France entre 1987 et 1996

Sa malchance sportive aura été de venir trop tard pour participer aux fabuleuses « années Platini » dont Séville et Guadalajara sont les éternels symboles, et trop tôt pour vivre de l’intérieur la consécration étoilée de 1998.
Elément de transition dans la période sombre de la sélection française, il a néanmoins illuminé notre championnat et nos soirées hivernales de Coupes d’Europe, quand celles-ci avaient encore l’amour du clocher en valeur étalon, avant que l’étalon or ne le remplace…

L’incarnation de la France du football

Avec la disparition de Bruno Martini, c’est tout un pan de l’histoire du football français qui nous revient en mémoire, l’Abbé Deschamps de Patrick Dewaere et son coup de tête, lui aussi parti bien trop tôt, de Basilou et sa mobylette, des Vahirua, Cocard, Saïb, Laslandes et son retourné inexplicablement invalidé devant le mur jaune subitement climatisé…
Bruno était l’incarnation de la France du football qui travaille, qui est efficace, qui ne se dérobe pas, qui ne cède ni à la facilité ni au clinquant des médias.
Un joueur classe. Voilà c’est le mot. Intelligent, posé, brillant.

Bruno Martini a été l'entraîneur des gardiens en Equipe de France de 1999 à 2010
Bruno Martini a été l’entraîneur des gardiens de l’Equipe de France de 1999 à 2010

Exemplarité et fidélité

Sur les terrains comme en dehors il a toujours agi avec mesure et dignité.
Fidélité à son club de cœur, celui du légendaire Guy Roux.
Fidélité à son club d’adoption, le Montpellier-Hérault du non moins légendaire Loulou Nicollin.
Ils sont certainement déjà en train de débattre Loulou et Bruno, sur leur petit nuage, des qualités footballistiques du nouveau gardien du MHSC Jonas Omlin. Tiens encore un gars sobre, classe, doué, dans la pure lignée du portier auxerrois.
Nul besoin de grand discours, Bruno personne ne t’oubliera.

Une étoile qui doit continuer de briller

Repose en paix et puisses-tu inspirer encore et toujours les footballeurs de demain, toi qui avais pour rôle de les guider au centre de formation de Montpellier.
Un jour ce centre portera ton nom et certainement d’autres lieux partout en France car tu n’avais que des amis dans l’Hexagone et même au-delà.
Si tu n’as pu conquérir cette magnifique étoile, la tienne brillera désormais dans le ciel comme un repère en ces temps agités où le football perd parfois, souvent, le sens des réalités.

C’est la plus belle trace que tu pouvais laisser, celle d’un vrai chic type. Tu nous manques déjà…

Un hommage signé @a_relance