Coup de théâtre et nouvelle déconvenue pour le football français. Attendu comme le messie suite à la défection de Mediapro, Canal + a annoncé mardi qu’il renonçait à ses droits actuels de diffusion de la Ligue 1 pour privilégier le lancement d’un nouvel appel d’offres. Décryptage d’un rapport de forces qui s’est inversé entre la LFP et son diffuseur historique.

Un appel d’offres pour valoriser la Ligue 1 au juste prix

La sortie médiatique de Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal +, dans les colonnes du Figaro de mardi n’a pas fini de faire trembler les dirigeants des clubs de L1. Alors que tout semblait indiquait qu’elle serait le sauveur du foot français suite au retrait de feu le conquistador Mediapro, la chaîne cryptée ne veut pas endosser ce rôle en payant le prix fort. Au contraire même.
Prétextant la dégradation du produit “Ligue 1” liée à l’échec commercial de Mediapro (moins de 500 000 abonnés) et à l’explosion concomitante du streaming, Canal renonce donc à ses droits actuels (2 matchs retransmis par journée) et demande le lancement d’un nouvel appel d’offres pour que la diffusion de la Ligue 1 soit valorisée au juste prix.
Aux yeux de la chaîne, non seulement le milliard promis en 2018 par Mediapro a toujours été une supercherie que le temps a pris soin de dévoiler au grand jour, mais pire entre temps la L1 a perdu de son intérêt et de son attrait…

Le produit “Ligue 1” a perdu beaucoup de sa valeur selon Maxime Saada

Canal n’a plus autant besoin de la Ligue 1

Derrière la décision de C+ de restituer ses droits actuels de diffusion du championnat, il faut également y lire deux messages.

Tout d’abord la vexation d’un groupe qui a longtemps financé le développement du football professionnel et qui se venge de l’affront que lui ont fait subir les cupides présidents de clubs en cédant aux avances de l’exotique Mediapro. Ostensiblement Canal refuse la main tendue par un foot français aux abois financièrement.

Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal +
Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal + ©SIPA


Ensuite, la chaîne cryptée a prouvé ces derniers mois que sa grille de programmes souffrait peu de l’absence de la Ligue 1 sur ses antennes. Avec notamment la Premier League, le Top 14 et les sports mécaniques, Canal a diversifié son offre sportive et atteint des niveaux d’audience très satisfaisants. Ainsi diffuser la totalité de la Ligue 1 n’est pas un impératif pour la chaîne vedette de Vivendi, et sa volonté tend clairement à privilégier la retransmission des grandes affiches qui attirent en masse le public. C’est une position diamétralement opposée à celle de la Ligue persuadée que, pour exister, une chaîne payante avait besoin d’acquérir la totalité des droits du championnat, et au prix fort pour ne pas les laisser à ses concurrents.
Canal démonte façon puzzle la stratégie de la Ligue et affiche explicitement qu’il ne fera pas de folies pour redevenir le principal diffuseur du football français.

La proposition ingénieuse du Pay per View

Maxime Saada va même plus loin en proposant pour la fin de la saison 2020-2021 un paiement des matchs à la séance, le retour du fameux pay per view, intégrant la redistribution des revenus générés par les séances à la LFP et aux clubs regardés.
La stratégie est subtile puisqu’elle insinue que ce sont les téléspectateurs eux-mêmes qui définiront la vraie valeur du produit Ligue 1 en sortant leur carte bleue pour avoir accès aux matches de leur choix.
Et cette valorisation établie ainsi directement par les amateurs de football permettrait à Canal de préparer au mieux le terrain pour l’appel d’offres que relancerait la LFP.

Ce serait enfin une menace de plus pour un football français mis à nu, et une pratique très défavorable pour les petits clubs qui, ne bénéficiant pas des mêmes audiences que le PSG, Marseille ou Lyon, seraient économiquement très impactés. La météo ne cesse décidément de s’assombrir pour les finances des pensionnaires de la Ligue 1…

Le pay per view pourrait bien plus profiter à l’OM et au PSG qu’aux petits clubs évoluant en Ligue 1 ©Bertrand Guay-AFP

Maxime Saada prend un sacré risque en demandant le lancement d’un nouvel appel d’offres qui peut lui échapper comme en 2018 face à Mediapro. Mais la position tranchée du patron de Canal + démontre aussi que le football français est devenu plus que jamais à la merci des diffuseurs et que le temps des cadeaux est bien révolu.

Credits Une ©Jeff Pachoud-AFP