Touché comme de nombreux secteurs par la crise du coronavirus et habitué à vivre au-dessus de ses moyens, le football professionnel doit faire sa révolution. Voici les 3 mesures chocs proposées pour mettre fin aux dérives qui ont trop longtemps vu le jour.

Revenir sur l’arrêt Bosman : enfin !

La crise actuelle liée au Covid-19 démontre la nécessité d’en finir avec une mondialisation excessive qui a rendu les économies de chaque pays terriblement dépendantes et trop facilement vulnérables.
Dans ce contexte, l’heure de revoir l’arrêt Bosman est enfin arrivée ! En autorisant la libre circulation des joueurs européens en 1995, la Cour de Justice Européenne a donné involontairement naissance à un système où les moyens financiers et la spéculation ont anéanti l’équité sportive.
Il est grand temps de revenir en arrière en rétablissant des quotas de joueurs étrangers par équipe et en favorisant en parallèle l’émergence des jeunes joueurs dans leurs clubs formateurs.
Notre proposition : limiter à 4 le nombre de joueurs étrangers pour chaque équipe européenne et les obliger à inscrire 6 joueurs issus de leur centre de formation sur la feuille de match.

Ceci aura trois grandes vertus.
1-Tout d’abord assainir le marché des transferts et annihiler notamment les modèles économiques de trading de joueurs qui visent à obtenir la meilleure valeur de revente possible sur de jeunes talents. De plus en plus pratiqués dans l’Hexagone par des clubs comme Monaco, Lille, Bordeaux, ces modèles sont à éradiquer car uniquement basés sur une vision spéculative où le joueur, initialement “libéré” par l’arrêt Bosman, est devenu une vulgaire valeur marchande.

Après deux saisons fructueuses à Lille, l'attaquant Nicolas Pépé a été transféré l'été dernier à Arsenal pour 80M€, alors qu'il avait été acheté en provenance d'Angers pour 10M€. Une illustration du modèle de trading de joueurs de plus en plus pratiqué par les clubs de Ligue 1.
Après deux saisons fructueuses à Lille, l’attaquant Nicolas Pépé a été transféré l’été dernier à Arsenal pour 80M€, alors qu’il avait été acheté en provenance d’Angers pour 10M€. Une illustration du modèle de trading de joueurs de plus en plus pratiqué par les clubs de Ligue 1.

Pour dissoudre ce système, il faut également en couper la source en obligeant les top clubs à aligner plus de joueurs issus de leur centre de formation. Voir ces 20 dernières années Arsenal ou Chelsea évoluer sans joueur britannique ou le PSG sans joueur français a été une véritable hérésie, une profonde rupture philosophique avec les principes de la formation, provoquée par la mondialisation des effectifs au détriment des joueurs formés localement.

2-Ensuite cela permettra de rétablir la valeur formatrice des clubs et de renouer le lien des apprentis footballeurs avec leurs clubs formateurs. Les jeunes joueurs, devenus des valeurs marchandes, restent de moins en moins de temps dans les clubs qui les ont formés, fréquentent à peine l’équipe fanion avant d’être précipitamment vendus au plus offrant. Les exemples ne manquent pas depuis 20 ans : de l’extraterrestre annoncé Stéphane Dalmat qui aurait probablement goûté à l’Equipe de France en restant quelques saisons de plus à Lens, au champion du monde Ousmane Dembélé dont on peut se demander si 1 ou 2 années de plus à Rennes ne l’auraient pas aidé à finaliser sa mutation physique.
Ces transferts de plus en plus précoces distendent en outre le lien entre les clubs et leurs supporters, lassés de ne plus voir les jeunes pépites éclore dans le club qui les a formés ou faits grandir.

Présenté comme un des plus grands espoirs du football français à la fin des années 90, Stéphane Dalmat aurait probablement connu l'Equipe de France s'il n'avait pas quitté précipitamment Lens pour l'OM puis pour le PSG.
Présenté comme un des plus grands espoirs du football français à la fin des années 90, Stéphane Dalmat aurait probablement connu l’Equipe de France s’il n’avait pas quitté précipitamment Lens pour l’OM puis pour le PSG

3-Enfin, cela sera une occasion de redistribuer un peu plus équitablement les cartes sportivement. Certes il n’y aura pas de miracle, le temps où des clubs formateurs comme Auxerre et Sochaux pouvaient prétendre aux premières places semble révolu. Mais cette régulation permettra à des clubs à la formation performante comme Rennes, Nantes, Saint-Etienne, Toulouse d’avoir plus de moyens sportifs pour lutter sur la scène nationale face aux grosses écuries. Et cela redonnera de l’espoir aussi aux clubs historiquement formateurs comme Auxerre, Sochaux, Le Havre, Lens de retrouver plus facilement l’élite.

Auteur du doublé Championnat-Coupe de France en 1995-1996, l'AJ Auxerre végète en Ligue 2 depuis 2012.
Auteur du doublé Championnat-Coupe de France en 1995-1996, l’AJ Auxerre végète en Ligue 2 depuis 2012

Encadrer les salaires : c’est le moment ou jamais !

Le premier poste de dépenses des clubs est de très loin les salaires versés aux joueurs (1.4 milliard d’Euros pour la saison 2018-2019, soit 54% des charges totales) avec une inflation vertigineuse (+10% par rapport à la saison précédente). La course à l’armement à laquelle se livrent les clubs de Ligue 1, mais également des principaux championnats étrangers, doit être absolument régulée.
Plutôt que d’imposer un plafond en valeur comme en NBA, la mise en place d’un salary cap pour le football professionnel serait probablement plus pertinent en fixant un pourcentage maximum du budget que les clubs seraient autorisés à dépenser en salaires.

En fixant par exemple ce plafond à 45% (au lieu de la moyenne de 54% actuellement constatée), les clubs de L1 économiseraient 350 millions d’Euros annuels, soit 25% de leurs dépenses actuelles de rémunérations. Dans le même temps, le salaire moyen d’un joueur de Ligue 1 passerait de 94 000€ à 70 000€, ce qui resterait un salaire plus que confortable. De leur côté, avec cette économie de 350M€ engendrée, les présidents de clubs seront moins enclins à équilibrer leurs comptes en vendant leurs meilleurs éléments ou leurs joueurs les plus prometteurs à chaque fin de saison. Et ils pourront également développer ces fameux fonds propres qui leur manquent cruellement aujourd’hui pour financer une partie des investissements futurs (centre d’entrainement, centre de formation, stade).

Le Néerlandais Kevin Strootman, plus gros salaire de l'OM avec ses 500 000€ mensuels, incarne l'explosion de la masse salariale de l'OM.
Le Néerlandais Kevin Strootman, plus gros salaire de l’OM avec ses 500 000€ mensuels, incarne l’explosion de la masse salariale de l’OM ©Icon Sport

La seule limite de cette régulation réside en sa pleine application dans les principaux championnats européens pour ne pas pénaliser sportivement les ligues qui l’auraient adoptée.
Mais le moment est plus opportun que jamais pour l’initier car que ce soit en Angleterre, en Allemagne, en Italie ou en Espagne, personne ne trouvera actuellement à redire sur l’instauration de ce plafonnement alors que les impacts économiques de la crise vont frapper des millions de personnes.

Sanctionner les mauvais gestionnaires : oui !

Il existe déjà à l’échelle nationale ou européenne des sanctions contre les mauvaises gestions de clubs. En France, elles sont prononcées par la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion), à l’échelle européenne c’est l’UEFA qui les inflige à travers le concept du fair-play financier. Las, les sanctions demeurent peu nombreuses, car les déficits observés finissent par être couverts par des propriétaires fortunés. Néanmoins, même si ces mauvaises pratiques budgétaires sont en pratique épongées en fin de saison contre la remise d’un gros chèque, elles doivent être sanctionnées sportivement car elles entravent le bon déroulement de la compétition. Si un club A dépense plus qu’il n’a réellement dans ses caisses alors que le club B a lui tenu scrupuleusement sa marge de manœuvre financière, il serait cohérent qu’à défaut de récompenser B pour sa bonne tenue budgétaire, A soit sanctionné de points de malus pour ses excès de dépenses.

Piteux sportivement (14ème au classement), l'exercice 2018-2019 des Girondins de Bordeaux s'est également avéré catastrophique sur le plan financier avec un résultat net de -26M€.
Piteux sportivement (14ème au classement), l’exercice 2018-2019 des Girondins de Bordeaux s’est également avéré catastrophique sur le plan financier avec un résultat net de -26M€


A la lecture du dernier bilan financier des clubs de Ligue 1 pour la saison 2018-2019, quelle valeur sportive a par exemple la 2ème place du LOSC obtenue alors que le club Lillois affiche un résultat net de -67M€ ? Est-ce que Monaco serait resté en Ligue 1 sans les gros chèques de l’homme d’affaires russe Dmitri Rybolovlev ? Si la DNCG n’est pas en mesure de sanctionner les clubs lors de l’exercice en cours, alors il faut leur attribuer des points de malus pour la saison suivante avec un barème très simple de 1 point de pénalité pour chaque M€ de déficit observé.
Ainsi l’OM aurait démarré l’exercice 2019-2020 avec 91 points de pénalité (correspondant à sa perte de 91M€), Lille 67, Bordeaux 26. Et les 3 clubs auraient vraisemblablement terminé la saison actuelle en position de relégation !

La sanction doit en effet être exemplaire à l’instar des mesures prononcées dans le Championnat d’Angleterre de rugby en novembre dernier. Champion d’Europe et d’Angleterre en titre, les Saracens de Londres ont été sanctionnés de 70 points de pénalité pour la saison en cours et d’une amende de six millions d’euros pour ne pas avoir respecté les règles du salary cap. Bien que propriété du milliardaire, Nigel Wray, le club du capitaine du XV de la Rose Owen Farrell va être ainsi relégué en deuxième division la saison prochaine, rien que ça !
A la Ligue Professionnelle de Football d’être audacieuse dans ses prises de décisions face aux clubs qui n’auront pas respecté leurs engagements financiers !

Champions d'Europe en titre, le club des Saracens de Londres évoluera la saison prochaine en deuxième division anglaise pour avoir entravé les règles du salary cap.
Champions d’Europe en titre, le club des Saracens de Londres évoluera la saison prochaine en deuxième division anglaise pour avoir entravé les règles du salary cap ©EPCR

Créer une ligue fermée : non !

C’est bien entendu la mesure fantasmée par les grands clubs. Celle qui leur permettrait d’éliminer cet aléa sportif qui pèse aujourd’hui sur leurs comptes de résultats. Une non qualification en coupe européenne ou pire une descente en Ligue 2 s’apparente ainsi à un accident industriel accompagné de licenciements de personnels administratifs.
Financièrement une ligue fermée, à la NBA, sans montée ni descente, serait donc théoriquement la meilleure solution pour soulager des clubs en difficultés sportives puis économiques. Mais cette solution serait injuste moralement et économiquement. Du point de vue de la morale, elle éliminerait toute méritocratie sportive puisque l’absence de descente et donc de montée ne permettrait pas aux plus méritants de l’étage inférieur d’accéder à l’élite. Economiquement son application ne ferait que valider l’existence d’un modèle inflationniste dans lequel les clubs resteraient peu vigilants sur les dépenses puisque le risque d’une descente aura été supprimé en retirant l’aléa sportif.
Et puis c’est le charme du football d’avoir vu éclore Guingamp, Sedan, Lens Auxerre sur la carte de France.

Guingamp, 7000 habitants, évoluait encore en Ligue 1 la saison passée
Guingamp, 7000 habitants, évoluait encore en Ligue 1 la saison passée ©AFP – Fred Tanneau

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