Malgré un parcours spectaculaire, le Tour de France 2020 a rapidement sombré dans l’ennui. Contre-performance des Français, domination outrageuse mais finalement vaine des Jumbo Visma, faillite des Ineos… les après-midi de cette fin d’été ont paru bien monotones sur les routes de l’Hexagone.

Déplacé exceptionnellement au mois de septembre, le Tour de France 2020 ne restera pas un grand cru sportivement. Si le public a répondu présent devant son écran (4,3 millions de téléspectateurs sur France 2 lors de l’étape du Col de la Loze pour 46% de parts de marché), le spectacle n’a pas été lui au rendez-vous sur le bitume. Les raisons en sont multiples entre l’absence des Français au classement général, la mainmise des Roglic’s boys et la faillite des tenants du titre britanniques. Bref on ne s’est pas emballé malgré le tracé concocté par la direction de Christian Prudhomme.

La contre-performance des Français

Attendus comme les dynamiteurs d’une course que l’on craignait déjà sous l’emprise des Jumbo Visma, les coureurs tricolores n’ont pas répondu présents au rendez-vous, loin de là.

Figurant parmi les favoris au Maillot Jaune, Thibaut Pinot a été le premier à faillir. Diminué par une lourde gamelle survenue dès le premier jour de course à Nice, le leader de la Groupama-FDJ a rangé ses rêves de victoire à Paris dans l’ascension du Port de Balès lors de l’étape pyrénéenne inaugurale. Sévèrement tancé par Bernard Hinault qui a déclaré que “il n’est pas fait pour gagner le Tour”, le grimpeur franc-comtois a chagriné les supporters hexagonaux en quête indélébile d’un successeur au Blaireau. Leur ferveur en a pris dès la fin de la première semaine de course un sacré coup…

D’autant que les malheurs se sont ensuite accumulés avec la terrible chute de Romain Bardet, alors 4ème au général, sur ses terres d’Auvergne dans l’étape du puy Mary. L’abandon du maillot à pois 2019 a fini d’anesthésier les ardeurs des suiveurs.

Victime d'une commotion cérébrale, Romain Bardet a été contraint à l'abandon malgré son immense courage
Victime d’une commotion cérébrale, Romain Bardet a été contraint à l’abandon malgré son immense courage ©AFP – Christine Poujoulat

La troisième semaine de course a ensuite affiché les limites du courageux Guillaume Martin qui n’a pas encore le coffre pour jouer le Top 5. Alors que, autre Tricolore attendu, Warren Barguil passe, comme son leader colombien Nairo Quintata, à côté de son Tour 2020.
Enfin le trublion Julian Alaphilippe, victorieux à Nice lors de la 2ème étape et porteur du Maillot Jaune pendant trois jours, n’avait ni les jambes ni l’équipe pour jouer une place au général cette année.

Les Français n’ont malheureusement pas réussi le Tour attendu et n’ont pas perturbé l’omnipotence des Jumbo Visma.

L’outrageuse domination (mais vaine) de la Jumbo Visma

C’est malheureusement un train jaune qui en rappelle d’autres, d’époques que l’on espérait bien révolues.

La domination de l’équipe néerlandaise était attendue, tant les Jumbo Visma avaient été à la fête depuis le restart de la saison. Mais leur mainmise sur le déroulement de la course a été omnipotente dans la lignée des hégémonies dérangeantes de l’US Postal et de la Sky.
L’exemple le plus frappant a été leur démonstration de force brutale dans les pentes du Grand Colombier lors de la 15ème étape où c’est le train du rouleur-sprinteur Wout Van Aert qui a fait exploser le tenant du titre Egan Bernal
Ou encore lors de la 17ème étape où l’Américain Sepp Kuss a longtemps accompagné Primoz Roglic alors que les Uran, Porte, Landa avaient déjà lâché prise, faisant inexorablement resurgir le sinistre souvenir des montées du Tour du début des années 2000 où Lance Armstrong et son second Roberto Heras écrasaient toute la concurrence.

La Jumbo Visma a écrasé la concurrence sur le Tour de France mais a négligé la mise à mort
La Jumbo Visma a écrasé la concurrence sur ce Tour mais a négligé la mise à mort ©Gruber Images

Certes Roglic a longtemps été le plus fort du peloton en cette fin d’été, mais l’emprise absolue de sa troupe a fait rire jaune tous les observateurs. D’ailleurs, nombreux ont fini par se réjouir du retournement de situation de la Planche des Belles Filles où l’autre Slovène Pogacar est venu punir la mise à mort oubliée par les Jumbo dans les Pyrénées.
Une erreur que n’aurait pas commise en son temps l’autre armada du peloton, la team Ineos, qui a raté cette année son Tour dans les grandes largeurs.

La faillite des Ineos

Arrivée au Tour en manque de repère et prise en flagrant délit d’improvisation, la formation britannique est passée complètement à côté de cette 107ème édition. Le calvaire d’Egan Bernal dans les Alpes précipitant son abandon avant le départ de la 17ème étape n’en est que l’amer épilogue.
Dominé par Roglic dans le Dauphiné, le Colombien n’a pas réussi à reprendre l’ascendant, à court de forme indiscutablement, mais également à la tête d’une équipe désunie dès le départ de Nice.

Brillant vainqueur l'an passé, Egan Bernal a vécu un calvaire cette année
Brillant vainqueur l’an passé, Egan Bernal a vécu un calvaire cette année

Dans une formation jusqu’à présent habituée à gérer les leaders et les egos, la forme précaire des anciens vainqueurs Christopher Froome et Geraint Thomas a amené la si pragmatique direction d’Ineos à revoir ses plans en dernière minute. Ainsi, programmé pour le Giro dont il est le tenant du titre, Richard Carapaz a dû au pied levé endosser le rôle de lieutenant de Bernal. Logiquement à la recherche de sa meilleure forme en début de Tour, l’Equatorien a rapidement cédé du terrain lors des premières étapes de montagne, abandonnant son leader au tempo d’enfer des Jumbo. Sa belle troisième semaine et l’arrivée main dans la main avec son coéquipier Michal Kwiatkowski à La Roche-sur-Foron ont fini de démontrer que le pic de forme de Carapaz était bien prévu pour le Giro et non pour la Grande Boucle.

Les méticuleux Ineos ont certes trouvé un lot de consolation avec leur doublé de la 18ème étape mais ils ont ostensiblement cédé à la panique cette année. Sans ligne directrice, manœuvrant plusieurs fois en course à contre-courant, ils sont apparus surtout orphelins de Nicolas Portal, maître tacticien de leurs plus grands succès, décédé en mars dernier.

Après une Grand Boucle 2019 passionnante, la morosité ambiante a gagné les routes du Tour cette année, faute longtemps de suspense et de Français à la hauteur. Espérons que ferveur et cyclistes tricolores retrouvent les sommets dès juillet prochain !

Credits Christophe Petit-Tesson