A un an du démarrage de la Coupe du Monde 2023 en France et à quelques jours de la tournée d’Automne qui verra le XV de France s’étalonner contre l’Australie et l’Afrique du Sud, tour d’horizon de l’état de forme des nations de l’Hémisphère Sud, à commencer par les doubles champions du monde australiens et sud-africains, et par les outsiders argentins.

Australie : une équipe en crise à la recherche d’un second souffle

Une nouvelle génération qui peine à convaincre

Ce n’est un secret pour personne, le rugby australien va mal depuis plusieurs saisons. Depuis la dernière embellie qu’a été la finale de 2015 perdue face à la bande à Richie McCaw, les Wallabies semblent s’enfoncer chaque année un peu plus dans la crise. Entre le désamour du public, des sponsors et la fuite des talents qui quittent le pays de plus en plus tôt pour aller chercher des contrats lucratifs en Europe ou au Japon, les sélectionneurs australiens peinent à construire une équipe stable et performante. La preuve : après avoir rappelé Quade Cooper (34 ans) en complément de James O’Connor (32 ans) au poste de demi d’ouverture, c’est cette fois-ci Bernard Foley (33 ans) qui a fait son retour pour porter le numéro dix. Lors du Rugby Championship les résultats n’ont pas été réellement convaincants avec une triste troisième place, sur laquelle personne n’a rien trouvé à redire tant elle reflète le niveau actuel de l’équipe.
Pourtant, beaucoup de jeunes joueurs ont été testés ces dernières saisons et certains semblent malgré tout avoir le potentiel pour s’installer. On peut notamment citer les formidables troisièmes lignes Rob Valetini, Peter Samu ou Fraser McReight qui ont brillé au cours de cette édition. Mais le collectif australien s’est montré souvent trop friable, comme lors de l’historique déroute de San Juan contre les Pumas (48-17) ou lors de l’ultime défaite face aux All Blacks à Auckland (40-14) alors qu’ils avaient été à deux doigts de l’emporter la semaine précédente, vaincus dans les ultimes secondes d’une fin de match complètement folle.

Profiter de 2023 pour préparer 2027

Pour les prochaines années, le salut des Wallabies passera par la continuité : faire confiance aux jeunes, installer une équipe et la laisser progresser malgré les défaites probables et inévitables. S’ils semblent décrochés pour 2023, les Australiens peuvent dès maintenant construire une équipe pour les années à venir et viser 2027 en s’appuyant sur un vivier moins quantitatif qu’auparavant mais où percent toujours quelques talents rares qu’il leur faut polir. Premier adversaire des Bleus en novembre, les doubles champions du monde en 1991 et 1999 – qui réussissent historiquement mal aux Français (16 victoires australiennes sur les 20 dernières rencontres) – aborderont le match en pleine forme physique après plusieurs semaines de repos et une victoire en Ecosse positive pour la confiance. Face à un adversaire capable d’imprimer de longues séquences de jeu, les hommes de Fabien Galthié devront se mettre rapidement dans le rythme pour ne pas subir une première désillusion dans un match qui semble devenu largement à leur portée.

Pour la Coupe du Monde, les Australiens feront tout de même figure de favoris dans une poule C relativement homogène où ils retrouveront des Gallois également en déclin, les Fidjiens et les Géorgiens. Une place en quart de final semble quasiment assurée bien que la suite de la compétition soit plus incertaine en fonction des résultats des autres poules.

Afrique du Sud : un statut de favoris pas entièrement assumé

Des Springboks frontaux et monocordes

Annoncés comme les favoris du Rugby Championship à son démarrage et portés par un XV surpuissant et expérimenté, les Springboks sont passés tout près de la victoire finale à un point seulement des champions néo-zélandais. Démarrant de la meilleure de façons face à leurs rivaux All Blacks avec une victoire 26-10 toute en maîtrise et en puissance, ils se sont ensuite montrés trop irréguliers pour assumer leur statut. Surtout, leur jeu basé sur le défi frontal et les ballons portés à parfois montré ses limites quand l’équipe adverse a su s’adapter comme ce fut le cas des Néo-Zélandais en deuxième journée (victoire 35-23 des All Blacks avec une prestation majuscule des avants) ou des Australiens lors de la troisième journée (victoire 25-17 des Wallabies).

Des stars au rendez-vous mais une charnière à la peine

L’ossature des champions du monde reste extrêmement solide atour de joueurs expérimentés et toujours au sommet de leur forme (Malcolm Marx, Eben Etzebeth, Siya Kolisi, Lunkanyo Am…) mais le coach Jacques Nienaber n’a que peu profité de cette compétition pour lancer de nouveaux joueurs. La charnière parait ainsi émoussée avec les titulaires de 2019 (Faf de Klerk et André Pollard) qui ont évolué à un niveau en dessous de leurs standards et des remplaçants qui peinent encore à s’imposer malgré les belles promesses de Jaden Hendrikse et de Damian Willemse. Nienaber n’a su faire autrement que de rappeler une nouvelle fois d’anciennes gloires à la rescousse (les vétérans Dwayne Vermeulen et François Steyn) au lieu de faire davantage confiance à la jeune génération ayant brillé en URC. Le réservoir Sud-Africain reste néanmoins gigantesque et leur style brutal est toujours aussi difficile à manœuvrer. Pourtant, leur manque d’ambition dans le jeu et leur incapacité à changer de stratégie (le sempiternel combo jeu au pied / groupé pénétrant) en cours de match lorsqu’ils sont contrés ne leur permet pas d’enchaîner les performances face aux grosses équipes.

Une semaine après avoir joué les Wallabies, les Français auront l’occasion de s’étalonner face à une opposition évoluant dans un tout autre registre et face au seul adversaire qu’ils n’ont pas affronté depuis la dernière Coupe du Monde. Un test grandeur nature pour l’équipe de France qui sera mise à rude épreuve dans les fondamentaux du jeu pour ce qui devrait être le match le plus difficile de la tournée.

En 2023, l’Afrique du Sud aura fort à faire dans la poule B avec les Irlandais qui ont franchi un cap depuis plusieurs saisons mais également les Ecossais, capables sur des fulgurances de faire tomber n’importe quel adversaire. Ils devront être en mesure de varier leur jeu et de s’appuyer davantage sur leurs excellents trois-quarts pour défendre leur couronne.

Argentine : une nation décomplexée qui enchaîne les exploits

Une première historique en Nouvelle-Zélande

Intégrés au Ruby Championship depuis 2012, les Pumas ont terminé avec leur meilleur bilan (2 victoires sur 6 matchs, 9 points), ce qui ne les a pas empêchés de terminer une nouvelle fois à la quatrième et dernière place, la faute à une édition particulièrement homogène cette saison. Les Argentins ont montré une nouvelle fois qu’ils avaient du cœur, et que lorsqu’ils mettaient tous les ingrédients ils pouvaient battre n’importe quelle équipe. Cette édition leurs a vu réaliser deux exploits : à domicile contre l’Australie (48-17 à San Juan) puis face aux All Black (18-25 à Christchurch, leur première victoire en Nouvelle-Zélande).

Ces deux matchs ont certainement achevé de faire disparaître les derniers complexes que pouvaient nourrir les Pumas face à leurs rivaux de l’hémisphère sud, prouvant une nouvelle fois qu’ils étaient en mesure de les dominer dans tous les secteurs de jeux.

Attention à l’excès d’engagement et à l’indiscipline

Cependant, leur irrégularité et leur indiscipline ne leur ont pas permis de confirmer ces belles promesses avec notamment deux nettes défaites contre les Sud-Africains qui les ont condamnées une nouvelle fois à la dernière place alors qu’ils étaient à la lutte pour la victoire finale après quatre matchs. La gifle infligée par les All Black (53-3 à Hamilton) en guise de revanche a également montré les limites de cette équipe, parfois trop généreuse et brouillonne et à qui il manque un véritable gestionnaire au poste de demi d’ouverture pour mieux assumer les temps faibles. Cependant les Argentins ont, comme les Sud-Africains, la particularité d’avoir dans leur effectif de nombreux joueurs évoluant en Europe et qui bénéficient donc de plages de repos moins adaptées que les Australiens et les Néo-Zélandais puisqu’ils enchainent les deux saisons. Avec une préparation optimale, il faudra de nouveau compter sur les Pumas pour 2023 comme parfaits outsiders, eux qui ont déjà atteint le stade des demies finales à deux reprises (2007 et 2015).

Les Argentins devraient en toute logique disputer la première place de la poule D à l’Angleterre dont les sélectionneurs auront certainement noté les progrès de leurs futurs adversaires cet été. Ils devront également se méfier des Japonais, quart de finalistes de la dernière édition et qui tenteront de créer une nouvelle fois la surprise.

Credits Afrique du Sud-Argentine©Gerhard Duraan/Sports Inc