Notre flanker basque, Ludovic, a décidé de consacrer une série de portraits à d’anciens rugbymen talentueux mais atypiques, n’ayant pas forcément connu les plus grandes carrières tout en ayant marqué l’histoire à leur manière. Le premier volet est consacré à Rupeni Caucaunibuca, phénoménal ailier fidjien mais parfois déraciné à l’autre bout du monde.

Naissance d’un phénomène en Super Rugby

22 février 2002. Le Super 12, compétition des provinces de l’hémisphère sud, reprend ses droits avec un choc dès la première journée entre les Auckland Blues de Carlos Spencer et les Wellington Hurricanes de Jonah Lomu, Christian Cullen et Tana Umaga. En France, la compétition, et ce match en particulier, sont suivis avec une attention particulière puisque Christian Califano – pilier international et figure populaire du rugby hexagonal – va être le premier français à disputer le Super 12, dans le camp des Auckland Blues. Le choc tourne rapidement à la démonstration : 60 à 7 pour les Blues sur la pelouse du Westpac Stadium de Wellington avec un quadruplé de l’ailier supersonique des All Blacks Doug Howlett et des débuts réussis pour Califano. Pourtant, pour les 31 000 spectateurs présents au stade et les multiples amateurs de rugby à travers le monde, la véritable attraction de ce match est un joueur fidjien encore relativement inconnu du grand public (bien que les supporters du Northland soient habitués à ses exploits depuis 2001), titularisé à l’aile gauche. Avec son physique atypique très trapu et dotés d’appuis courts redoutables, il illumine le match à chacune de ses prises de balle et inscrit deux essais personnels. Ce sera son seul match d’une saison gâchée par les blessures. Les Auckland Blues échoueront à une décevante sixième place du classement et Califano passera la majeure partie de la saison sur le banc. Mais l’impression laissée par Rupeni Caucaunibuca ce jour-là est l’une des premières étapes de la carrière d’un joueur hors normes qui ne laissera personne indifférent.

La saison suivante, les Auckland Blues parviennent enfin à remporter de nouveau le Super 12 après leurs titres de 1996 et 1997. Caucaunibuca joue davantage, 8 matchs comme titulaire pour 8 essais marqués, mais doit partager le temps de jeu avec Doug Howlett et un tout jeune venu Joe Rococoko. Sa réputation est désormais bien installée, de même que les limites de son corps : régulièrement blessé il ne pourra participer à la finale qui voit son équipe s’imposer face aux Canterbury Crusaders. Le joueur, désormais reconnu comme l’un des ailiers les plus dangereux ballon en main de l’hémisphère Sud gagne logiquement sa place en sélection et effectue le court trajet jusqu’en Australie pour disputer la Coupe du Monde. 

Une référence à son poste aux qualités hors normes

11 octobre 2003. L’Equipe de France emmenée par Bernard Laporte et Fabien Galthié se dresse sur la route de « Caucau » au Suncorp Stadium de Brisbane. Le XV de France se montre pragmatique en prenant rapidement le score par la puissance de sa conquête et la botte de Frédéric Michalak quand l’ailier fidjien hérite enfin d’un bon ballon de contre-attaque sur son aile. La suite, elle est évidente : accélération, cadrage débordement sur son vis-à-vis Aurélien Rougerie, avant d’échapper à Imanol Harinordoquy pour marquer un essai en solitaire 70 mètres plus loin. Le XV de France s’impose finalement 61-18 mais Rupeni Caucaunibuca a encore montré son extraordinaire talent sur sa seule occasion du match. Il récidive d’ailleurs quelques semaines plus tard contre l’Ecosse, sur une action en solitaire similaire mais avec une nouvelle défaite au bout pour son équipe qui est éliminée dès les phases de poules.

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Avec la médiatisation de la Coupe du Monde, la réputation du joueur grimpe en flèche en Europe et son profil commence à intéresser de nombreux clubs. Les fidjiens sont encore peu nombreux dans l’hexagone mais certains comme Emori Bolo-Bolo au Stade Français (1997) ou encore la superstar du Seven Waisale Serevi à Mont-de-Marsan (1998) ont ouvert la voie et désormais, chaque club ambitieux cherche à doter son équipe d’un magicien venu des îles sur l’une de ses ailes. C’est finalement le SU Agen qui sera le plus prompt à obtenir la signature du phénomène, malgré une dernière saison en Super 12 de nouveau tronquée par les blessures et les méformes (4 matchs joués pour 5 essais inscrits).

Une nouvelle star venue des îles Fidji pour le championnat français

28 août 2004. Troisième journée du Top 16, nouvelle version du championnat de France de rugby qui propose pour la première fois de son histoire une formule de poule unique. Caucaunibuca fait